Karim Notes

Le pouvoir divin des algorithmes

Je me faisais récemment la réflexion de voir à quel point les algorithmes influencent nos vies. Et en poussant la réflexion encore plus loin, je constate d'une certaine manière qu'on leur attribue un pouvoir autrefois associé au divin.

On les laisse décider de pans entiers de notre vie en leur prêtant une forme d'omniscience, d'omnipotence et d'omniprésence, les mêmes qualités qui sont attribuées au divin. Ils sont partout, ils nous suivent partout avec nos smartphones, ils savent presque tout de nous grâce à une collecte massive de données. Ils ont également un pouvoir de plus en plus grand sur nos décisions (relations amoureuses, études supérieures, opportunités professionnelles, informations et divertissements).

On utilise un algorithme pour trouver son partenaire de vie sur une application de rencontre, pour déterminer l'avenir universitaire des étudiants avec Parcoursup ou encore pour nous aider à trouver des opportunités professionnelles avec LinkedIn. Ils influencent aussi largement les opinions publiques en présentant tel contenu pour informer, divertir, et en censurant tel autre pour ne pas propager certaines idées. Autrefois, on demandait au divin de guider nos choix, aujourd'hui c'est à des algorithmes.

Ce qui est regrettable, c'est que ce système s'impose en grande partie à nous, on subit la loi presque "divine" de ces algorithmes sauf à vivre en marge de la société. Je peux comprendre la tentation de certains de s'isoler et d'essayer de vivre en toute autonomie. Mais je ne crois pas que cela soit véritablement une solution. La solitude tue à petit feu. Je pense qu'il faut rester connecté malgré tout et que c'est collectivement qu'on fait émerger des alternatives. L'inconvénient, c'est que cela prend du temps car, à l'échelle du collectif, il y a une inertie importante, un peu comme un énorme paquebot qui veut changer de direction.

Il existe aussi des leviers à l'échelle individuelle en faisant des choix intentionnels, en allant chercher les bons livres à lire, en filtrant les contenus à consommer ou encore en essayant d'aller vers les bonnes personnes dans la vie courante. Il s’agit de retrouver une forme d’intention dans nos usages.

Ce n'est pas facile car cela demande un effort d'être proactif, c'est coûteux en énergie cognitive. Or le cerveau est fainéant, il aime faire le moins d'efforts possible, il va favoriser tout ce qui lui permet de s'économiser. Lorsqu’une solution simple et immédiate est disponible, il est souvent plus facile de la suivre que de mobiliser un effort supplémentaire pour chercher une meilleure alternative.

Les grands industriels ont bien compris cette mécanique, ils exploitent cette faille cognitive pour nous rendre accros aux algorithmes. C'est une forme de drogue, combien de fois je me suis surpris à scroller sur une plateforme par automatisme, comme si je m'étais auto-conditionné à le faire. C'est un geste tellement simple, en apparence inoffensif, et pourtant si destructeur pour le cerveau.

Depuis que j'ai commencé à écrire ici, j'ai retrouvé un plaisir que j'avais oublié, celui de stimuler mon cerveau par la créativité. Chercher ses mots, structurer ses idées, le simple fait de donner forme à une pensée procure un sentiment de satisfaction. Tout le contraire de ce que je ressens lorsque j'ai passé une heure à scroller sans avoir vu passer le temps. Dans un cas, j’ai l’impression d’avoir produit quelque chose, même quelque chose de très simple. Dans l’autre, j’ai la sensation d'avoir gaspillé en grande partie mon temps. Néanmoins, les algorithmes restent parfois utiles, j'y reviendrai dans un prochain post.

Merci pour votre lecture.